Le point de départ
Il y avait un code sur la coquille. Huit caractères à l’encre rouge, imprimés là exprès pour moi. J’ai cherché ce qu’ils voulaient dire un dimanche matin, quelque part entre la poêle et le café.
J’ai trouvé des dizaines de pages qui expliquent le premier chiffre. Aucune ne m’a dit qui était la poule.
Les chiffres
2004
le marquage des œufs devient obligatoire
15,4 mds
d’œufs de consommation produits en France en 2024
aucune
liste publique des codes producteurs en France
2 saisines
de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) depuis 2019
La loi
La directive européenne 2002/4/CE, adoptée le 30 janvier 2002, demande à chaque État membre de tenir un registre de tous les sites de production de poules pondeuses et d’attribuer à chacun un numéro distinctif. Les élevages devaient y être inscrits avant le 31 mai 2003.
Depuis le 1er janvier 2004, ce numéro est imprimé sur la coquille de chaque œuf vendu en boîte. C’est celui que vous lisez le matin sans savoir à qui il appartient.
En France, le décret 2003-1275 a transposé l’obligation. Les numéros sont attribués par les établissements départementaux de l’élevage, puis remontent dans SIGAL, le système d’information de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Le wiki de l’association Ouvre-boîte note au passage que l’arrêté d’application annoncé par le décret n’a apparemment jamais été publié.
Les volumes
La France a produit près de 15,4 milliards d’œufs de consommation en 2024, d’après le CNPO, le comité national pour la promotion de l’œuf. Chacun de ceux qui finissent en boîte porte son code, tamponné un par un à la sortie de l’élevage.
Ajoutez le reste de l’Union européenne et vous obtenez des dizaines de milliards de tampons par an. Derrière chacun il y a un bâtiment précis, dans une commune précise, avec quelqu’un qui s’occupe des poules. Le registre qui fait le lien tourne depuis vingt ans. Il n’est pas consultable.
La lecture
Les brochures et les pages officielles décrivent toutes la même chose. Le 0 pour le bio, le 1 pour le plein air. Ensuite FR, parce que l’œuf vient de France. Et puis le texte s’arrête, juste avant les trois lettres qui désignent l’élevage.
Ces trois lettres sont pourtant la seule partie du code qui répond à la question qu’on se pose devant sa poêle. Le reste, on peut à peu près le deviner en regardant la boîte.
Les demandes
Elle n’a jamais été communiquée. Les échanges sont publics, on peut les relire ligne par ligne.
L’association Ouvre-boîte demande au ministère de l’Agriculture les données des élevages de pondeuses. Plus d’un mois plus tard, toujours rien. L’absence de réponse vaut refus, et l’association saisit la CADA.
Cette fois la demande tient en deux colonnes : le code producteur et la commune. Pas d’adresse précise, pas de numéro d’établissement (SIRET), aucune donnée personnelle. L’argument est simple, le code œuf a été créé pour informer le consommateur, et plusieurs pays européens publient déjà le leur.
Le délai légal expire sans réponse du ministère. La CADA est saisie le lendemain. Au moment où vous lisez cette page, la liste n’a toujours pas été communiquée.
Le retard français
L’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas ont chacun un service où l’on saisit le code lu sur la coquille pour retrouver l’élevage. La base autrichienne, eierdatenbank.at, va jusqu’à rendre le nom et l’adresse de la ferme.
La demande d’avril 2026 résume la position française sans détour : la France serait « le seul grand pays producteur européen à priver ses consommateurs de cette information ».
La donnée est collectée par l’administration, financée par l’argent public, et imprimée chaque jour sur des millions de coquilles. Elle reste dans SIGAL.
Derrière le site
Une personne. Et sûrement pas la seule à s’être posé la question.
Moi, c’était un matin, devant une poêle. J’ai regardé le code, je me suis demandé d’où venait l’œuf, je n’ai pas su trouver la réponse, et je me suis dit que ce serait quand même bien qu’un site sache dire quelle poule l’a pondu. Vous êtes sûrement nombreux à vous être arrêtés exactement au même endroit.
Il n’y a ni association ni société derrière ckilapoule. Aucune marque ne finance quoi que ce soit. Le site ne vend rien et n’affiche aucune publicité.
En attendant
Chaque code de la carte a été saisi par quelqu’un qui avait une boîte d’œufs sous les yeux. Les centres d’emballage viennent du fichier public de la DGAL. Tout le reste arrive par contribution, et chaque envoi est relu avant d’être publié.
C’est lent. Une liste officielle irait beaucoup plus vite. En attendant qu’elle arrive, votre boîte d’œufs fait très bien l’affaire.
Sources